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Les tentatives de classification naturelle prennent source dès l’Antiquité. On en trouve trace chez Aristote (384-322 av. J.-C.) et chez Théophraste (v.  372-v. 287 av.J.-C.), son successeur à la direction du Lycée, sous la forme d’une classification des végétaux. Jusqu’au XVIIIe siècle, ce sera en effet la botanique qui fera l’objet de toutes les classifications. La raison est simple : les animaux proches de l’homme ou en interaction avec lui sont peu nombreux et facilement mémorisables ; en revanche, le nombre de plantes utilisées en pharmacopée, en agriculture ou dans l’art des jardins est considérable. Très tôt donc, des professionnels de la botanique et des herbes médicinales vont vouloir consigner leurs connaissances. Les premières classifications sont donc utilitaires. Elles seront perfectionnées au moyen âge.

Une étape importante est celle de la Renaissance, époque à laquelle les philosophes vont se poser la question de savoir si ces classifications relèvent de la théorie ou sont effectivement le reflet d’un « ordre de la Nature ». La réponse viendra vite : non, les classifications utilitaires ne sont pas très structurées. D’où la conséquence : aux XVIIe et XVIIIe siècles, les réflexions, nombreuses, vont porter sur la méthode logique à emprunter. De multiples « systèmes » seront proposés. Surtout, vers le milieu du XVIIIe siècle, époque de Linné, les scientifiques constatent que de grandes familles de la botanique émergent des observations : les graminées, les rosacées, les orchidacées, etc. De cette constatation, Linné et ses contemporains vont conclure qu’en utilisant différents caractères, on retrouve à chaque fois ces grandes familles de la botanique. Si alors, on retrouve ainsi régulièrement cette classification, serait-ce qu’il existe un ordre sous-jacent : la « classification naturelle », traduisant l’ordre de la nature ? Linné est l’adepte le plus connu de ce courant. C’est en 1758 qu’il publie la dixième édition  de son « Systema Naturae », véritable encyclopédie des recherches en systématique animale et végétale en Europe. Cette édition, surtout, introduit le principe de la dénomination binomiale, qui consiste à donner un double nom – nom de genre suivi du nom d’espèce – à tout organisme vivant. C’est l’origine de la systématique moderne.

L’interrogation précédente se transforme alors : s’il existe une classification naturelle, y a-t-il une « méthode naturelle » pour y accéder ? D’avance, on peut dire qu’il s’agira là d’une quête inépuisable et sans issue… Le progrès essentiel, on le doit à Bernard de Jussieu (1699-1777), botaniste de Louis XV. Son neveu, Antoine Laurent de Jussieu (1748-1836), sera titulaire d’une des premières chaires de botanique au Muséum d’histoire naturelle de Paris.

L’histoire est la suivante : Louis XV charge Bernard de Jussieu de composer au Trianon de Versailles, un jardin botanique qui soit le reflet de la classification naturelle. Jussieu a une première idée géniale : il fabrique une carte du jardin qu’on appellera le « Système du Trianon » et que publiera en 1789 Antoine Laurent de Jussieu dans son « Genera plantarum ». Sur cette carte, chaque espèce est figurée par une petite surface. La surface est plus grande quand elle rassemble des espèces qui se ressemblent : c’est un petit « bosquet » qui représente un « genre ». Les différents genres sont regroupés dans une parcelle de plus grande taille, appelée « famille ». La question alors est celle de savoir quels sont les critères selon lesquels on va rapprocher espèces et genres. C’est là que Jussieu va avoir une seconde idée géniale : il va rechercher les caractères précis qui restent constants à l’intérieur de chacune des parcelles, c’est-à-dire pour chaque groupe d’organismes – ou « taxon » – rassemblés en espèce, genre ou famille. Jussieu comprend que, pour définir les familles, le caractère clé est le « plan d’organisation » de la fleur. Il existe ainsi une fleur de type « orchidacée », une fleur de type « rosacée », etc. On peut alors décrire avec précision un certain ordre de la nature. On pense même avoir trouvé la méthode naturelle pour parvenir à la classification naturelle.

Bientôt, les zoologistes adoptent l’idée. Ainsi, le botaniste puis zoologiste Jean-Baptiste Lamarck (1744-1829) va appliquer les techniques des Jussieu aux animaux qu’il caractérise comme « sans vertèbres ». Geoffroy Saint-Hilaire (1772-1844) va faire de même avec les vertébrés et Georges Cuvier va tenter de rassembler l’ensemble du règne animal à partir des idées de Lamarck. Il applique à la zoologie le concept de « plan d’organisation » qui avait servi à la botanique. Chacun des quatre embranchements qu’il conçoit alors est spécifié par un plan d’organisation particulier. Ainsi, pour les radiaires (méduses, oursins), les articulés (crustacés, insectes), les mollusques (gastéropodes, lamellibranches) et les vertebrés (« Vertebrata »).

Aujourd’hui, nous sommes passés de quatre à trente-sept embranchements. On a découvert aussi d’autres organismes avec de nouveaux plans d’organisation. Le concept de plan d’organisation est donc opérationnel et on dispose d’une méthode pour appliquer une classification. La nécessité est de s’accorder sur le sens à donner à cette classification.

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Les formes organisent les systèmes et les systèmes se distinguent par les formes qu’ils empruntent. Ces formes, ce sont des différences qui très vite, permettent le découpage des fonctions et des significations. On peut mieux expliquer ainsi aux adolescentes par exemple (1) , les transformations physiologiques qu’elles subissent ou vont subir, les maladies qu’il faut éviter, les mutations du désir sexuel en elles si on les différencie selon trois tranches d’âge au prix de formules qui n’engagent à rien :
(i) 12 ans : « Début de la puberté (du latin : se couvrir de poils et bienvenue dans l’âge ingrat ! […] Des sentiments amoureux peuvent parfois se développer pour une amie… » ; (ii) 15 ans : « Même si les règles sont déjà apparues, la capacité de féconder arrive un peu plus tard (15-16 ans) […] Sexualité : C’est l’obsession ! Savoir comment ça se passe, l’avoir fait, ne plus paraître novice en la matière… » ; (iii) 20-25 ans : « La taille est définitivement atteinte. […] Sexualité : A 25 ans, le désir d’enfant fait son apparition… » (TopModel, mai 1997, n° 15)

Ainsi va la vie, peut-on penser, du moins en termes de signes qui serviront de repères pour classer et dont les jeux de contraste aideront à surprendre pour bousculer les images trop classiques ou les catégories reçues :
« Ayant l’été 1996, réussi son bac nutrition (eh oui, il n’y a pas que des bacs philo, sciences ou éco), elle a décidé de se rendre à Paris pour les vacances. Là c’est la rencontre avec Metropolitan et, depuis, c’est la tornade. Diana a défilé en octobre dernier et ne cesse d’être demandée. En conçoit-elle une fierté quelconque ? Pas le moins du monde. […] La seule personne au monde qui la laisse bouche bée d’admiration, c’est sa maman, mère au foyer. Les vedettes des petit et grand écrans la laissent de marbre. […] C’est une petite fille, malgré ses vingt ans, sa stupéfiante maturité et, déjà, son professionnalisme. Surtout, qu’elle rest comme elle est, pure, sincère, douce et spontanée, perle entre les perles… » (20 ans, mai 1997, n° 128)

On aura deviné qu’il s’agit d’un mannequin de mode tel qu’il en surgit chaque année dans les magazines à faire rêver et que le jeu de contraste consiste ici à opposer à cette notion selon laquelle la mode ou la photographie serait des milieux où la célébrité (dont rêvent les lectrices) vous fait perdre la tête, une autre notion qui serait celle de l’exceptionnalité de la princesse de Galles, Lady Diana, au sens qu’elle sait rester simple (comme les lectrices), pure, petite fille malgé ses vingt ans, etc.
On voit comment une notion admise définissant une catégorie de comportements associés à un certain milieu (les mannequins) peut être bousculée par un contre-exemple doté d’autres propriétés (la pureté, la simplicité), renvoyant à d’autres catégories (les valeurs familiales) et donc contredisant cette notion classique qu’on se faisait du milieu de la mode comme trouble, « impur ».
De même peut-il en advenir de l’idée qu’on a de la beauté féminine : un visage lisse ou parfois, jeune, sans ride, etc. Eh bien non, voici ce qu’on pouvait lire à l’occasion :
« Il n’y a rien de plus beau qu’une femme qui a des cernes. Les cernes, c’est ce qu’il y a de plus sexy au monde » Pourquoi pas ? « Un visage lisse dégage moins d’émotion qu’un visage fatigué. » (20 ans, mai 1997, n° 128)

Ce qu’on appelle idées dans la société donne parfois, on le voit, l’impression d’un « grand marché des formules ». On ne sait plus trop ce que sont les « objets de réalité » ni comment s’organise la pensée et les mots tâtonnent pour tenter de penser. On va chercher dans les télévisions, ces témoignages qui s’enchaînent les uns aux autres comme de petites fables de vie, d’existences qui essaient de se montrer. « Le top model, nous dit le psychanaliste Tony Anatrella (1993), a pris le relais du maître à penser. Quand on ne sait plus penser, on présente son corps. Réfléchir « prend la tête » et donne la migraine à une société qui ne sait plus discerner la signification de ce qu’elle vit et promeut. » Il ajoute : « Les convictions sont floues et les désirs provisoires. D’où le succès des mages, des astrologues, des sectes, des extraterrestres, des possessions, des vies multiples, ect. » (Le Monde, 2-3/04/1995)
Si les explications du monde se font plus troubles parce que plus lointaines, plus confuses parce que plus abstraites, c’est au plus simple qu’alors, on va faire recours, au magique, au « mythique » comme à une sorte de mémoire du monde enfouie, archaïque :
« Sans vouloir confondre science et mythologie, ni même les rapprocher, j’ai tenté de dire qu’un écart de plus en plus considérable s’est creusé entre les connaissances en expansion de la physique ou de la biologie et les pouvoirs étriqués de l’imagination. Du coup, pour essayer de nous expliquer ce qu’ils font, les savants doivent recourir à des apologues, à des récits, qui restaurent à l’usage du profane, de vieux modes de pensée.
« Cette réutilisation inattendue de la pensée mythique est destinée à servir de médiation entre les découvertes des scientifiques et l’homme de la rue, incapable de comprendre de telles découvertes de l’intérieur, et réduit par là-même à les apercevoir seulement sous la forme d’un monde imaginaire, paradoxal, étrange et déroutant, qui présente à ses yeux les mêmes propriétés que celui des mythes. » (C. Lévi-Strauss, « Entretien », Le Monde, 8/10/1991)

Mythes ou magies, peu importe, car ces explications que nous nous fabriquons des origines du monde et des phénomènes, ne sont que les (pauvres) moyens que le sens commun  ne cesse d’emprunter pour savoir quelle réalité il y a dans les ‘choses’ et quels mots conviennent aux ‘choses’, car : « Nous ne trouvons jamais de mots capables d’exprimer quelque chose de définitif » (2) . Au moins tentons-nous sans cesse de classer les choses pour les nommer et de les nommer pour les catégoriser. C’est une vieille histoire du monde, harcelante, la nôtre…

Notes :

1. Je m’étais ainsi livré autrefois, à quelques parcours surprenants dans des magazines pour adolescentes.

2.Gadamer, Hans, Vérité et méthode, Paris, Seuil, 1960.

Dès que je pense le monde, je l’organise et je ne peux pas penser le monde sans classer les choses ou les phénomènes, qui à mon sens, le composent. Tel est le paradoxe de nos vies et de nos sociétés : tout se classe pour se penser, tout s’organise pour se comparer et donc se catégoriser. Très tôt, nous savons qu’il y a des plantes et des animaux et que cela organise la Nature et qu’on doit la penser ainsi : elle est constituée par les plantes, les animaux et par nous, humains. Nous humains : divisés en riches et pauvres, en beaux, en laids, en méchants, en gentils, en jeunes, en vieux, en sains, en malades, etc.

Une formule m’avait frappé, lue sur la couverture d’une revue : « Le bel avenir de la pauvreté » (Esprit, mai 1997). La formule choquait. Pourquoi ? D’abord, parce qu’à cette époque, on ne parlait guère encore de crise, et que ensuite,  pauvreté et avenir ne vont pas bien ensemble : on ne choisit pas d’être pauvre : on l’est, on le devient, mais ce n’est pas un avenir au sens de réussite qu’on attache d’habitude à ce mot. On dit « il a un bel avenir », mais on ne dit pas « la pauvreté est un bel avenir ». En revanche, si on pense que la pauvreté est un phénomène qui se répand dans la société, alors oui, on pourra dire qu’elle a « un bel avenir », et la formule provocante peut être douloureuse ou laisser indifférent. Dans les deux cas, elle signifie la même chose : la coupure sociale – on  parle de « fracture » – s’accentue : il y a de plus en plus de pauvres, mais on ne sait pas s’il y a de moins en moins de riches ou si les riches deviennent de plus en plus riches.

Ce qu’on sait, c’est qu’il faut s’habituer à penser la société comme catégorisée en riches et pauvres, mais aussi, selon les nouveaux mots en usage, en exclus, en intégrés, en performants, en inadaptés sociaux, en illettrés, en drogués, en suicidaires, en isolés dans les villes, en oubliés à la campagne, en vaincus ou en gagnants, en dynamiques, en fonctionnaires, en contractuels, etc. Voilà le phénomène : nous ne pouvons plus considérer la société sans immédiatement nous mettre à catégoriser ceux qui la constituent, par revenus bas ou élevés, par domicile fixe ou sans domicile fixe, par travail et salaire ou sans travail et sans salaire, etc.

La société ne s’imagine plus comme un ensemble ou un tout : pour la penser, il nous faut la classer, la subdiviser, la hiérarchiser, la décomposer comme si nous courrions sans cesse après les étiquettes pour tenter de comprendre et de s’y retrouver. Aux « nouveaux pauvres » – on les appelait ainsi dans les années 1982-1983 – ont succédé les « exclus », ce qui déjà signifie qu’on s’habitue au phénomène. Le « développement social des quartiers sensibles » – ce qui était une belle formule – a été remplacé par la « politique de la ville » – ce qui est plus économique et signifie tout et rien. Quant à l’administration, elle a inventé le terme ‘SDF’ ou « ’sans domicile fixe » pour tous ceux qui n’ont plus ni résidence ni travail ni droit de vote, etc. Tout se passe comme si la société acceptait de plus en plus ces distinctions qui se voient, se touchent, s’oublient, s’indiffèrent. Une société de multiples dualités où tout devient relatif et donc admis : la pauvreté n’a pas le même sens aux Indes, dans un bidonville de Rio de Janeiro, dans une ville nord-américaine, ou en France selon qu’on habite le nord ou le sud

Avoir un salaire, un emploi stable, autrefois définissait l’individu et les salariés définissaient la société. La rareté de l’emploi est maintenant au cœur de la société et la recherche du travail devenue obsession majeure. Cette précarité est de plus en plus admise de même que les inégalités parfois considérables entre revenus. L’augmentation des écarts entre salaires et modes de vie compte moins que cette nécessaire « flexibilité » du travail que recommandent les économistes. Après tout, les Etats-Unis s’accommodent bien d’un taux de chômage important touchant les Américains à bas niveau d’instruction et la part de la population frisant l’illettrisme y est deux fois supérieure à celle de l’Europe. Mais plus que s’en accommoder, on y considère que l’absence d’emploi touchant en majorité les habitants des ghettos n’est pas une exclusion que ceux-ci subissent de la part de la société, mais une incapacité à travailler que ces habitants des ghettos entretiennent eux-mêmes et dont ils sont responsables. Comme par une sorte de « nature » qui serait la leur, qui les rendrait différents des autres, inaptes à s’intégrer. Ainsi se constituent des « réserves » confinées dans des territoires tel qu’on le  constate déjà en France à propos de certaines « zones » de banlieue où les violences sont ordinaires et les violents, de plus en plus jeunes, ayant très tôt accumulé tous les handicaps sociaux, mais maîtrisant avec brio les mécanismes de la justice, et « commettant des infractions en sachant exactement combien elles sont tarifées » (Le Monde, S.Bd et B.G., 24/05/1997).

Sourdement, insidieusement, parfois avec éclat, nous sommes ainsi entrés dans « une guerre des mondes », non pas seulement de pays pauvre à pays riche, mais à l’intérieur même des pays et dans les villes, de quartier à quartier, de rue à rue ou d’étage à étage dans un même immeuble. Certains y voient la manifestation d’une conflit entre les cultures voire d’un affrontement entre « la barbarie » et « la culture », situation propice à la multiplication des mafias et des bandes antagonistes (Huntington, 1996), mais aussi au renforcement des frontières entre territoires, s’opposant les uns aux autres . Ainsi : « En France, la tendance actuelle est indéniablement à des formes de regroupement où les « pairs » se retrouvent entre eux, ce qui correspond à un phénomène que Daniel Cohen nomme « l’appariement sélectif » et qui donne lieu à des sanctuarisations urbaines » (Mongin, 1997, Paugam, 1996). Le ‘chez moi’ signifie davantage que ‘le chez-soi’ : c’est ce qui n’est pas ‘chez toi’ et c’est ce qui nous met à distance infranchissable, moi de toi, toi de moi, les uns des autres. On s’agglomère en zones à l’intérieur desquelles les individus se catégorisent entre eux comme égaux et ces zones les mettent à distance de ceux qui sont susceptibles de les gêner, à commencer par les mendiants que certaines villes chassent déjà de leurs espaces publics.

La ségrégation permet la hiérarchie entre les gens de même qu’entre les espèces ; mieux : elle la légitime. Au travers d’évidents ou subtils critères. Il y a d’abord ce qu’on gagne financièrement par mois et par an, il y a de qui on descend et quels étaient les statuts des ancêtres, pauvres ou bourgeois,  il y a bien sûr ce qu’on mange et que les autres ne mangent pas, il y a ces loisirs qui vous distinguent car inaccessibles à beaucoup comme les destinations lointaines de voyages exotiques, il y a enfin ces écoles où on place ses enfants parce qu’elles sont dites meilleures et qu’ils ne s’y « mélangent » pas. Lorsque certains magazines hedomadaires nous fournissent régulièrement un classement  des meilleurs lycées, on sait à quel point la carte scolaire en France est un enjeu dans la formation des futures élites, et que ces cartes sont celles de la ségrégation qu’une société accepte comme allant de soi, même avec les meilleurs sentiments républicains.
Mais il est un critère de classement et de catégorisation encore plus terrible car biologique celui-là : c’est celui de l’âge. Nous ne savons plus penser la société autrement qu’en tranches d’âge, et dès l’enfance, nous voilà accoutumés à distinguer les ‘grands’, les ‘petits’, les vieux’ et les ‘moins vieux’. Les économistes, chaque semaine, nous rappellent le ‘prix de l’âge’ : en France, déjà en 1993, les personnes âgées de 65 ans et plus représentaient 19,6% de la population et accaparaient 41,4% du total des dépenses de santé (Le Monde, 29/05/97). Une nouvelle et subtile discrimination surgit : à l’encontre des vieux cette fois, »dévoreurs » de nos systèmes de santé. Après tout, il faut bien des causes aux déséquilibres constatés, et s’il y a déséquilibre, il y a menace, et s’il y a menace, il y bien des responsables, des fautifs.

Peut-on penser autrement ? Peut-on penser sans classer, sans catégoriser voire opposer ? Et qu’est-ce qu’organiser sinon différencier pour classer ? Ce jeu de différences et de discriminations fait partie de nous ; dès l’origine, du moins très précocément, il est en nous pour que les systèmes qui nous sont naturels, puissent fonctionner. On sait maintenant que dès les premières semaines de la vie, les bébés sont capables de distinguer les sons qui appartiennent à des langues différentes et d’y réagir. Cette capacité précoce va favoriser plus tard l’acquisition de la langue maternelle en tant que système de sons organisés par rapport aux autres bruits environnants.

Georges Vignaux et Pierre Fraser vous souhaitent la bienvenue sur ce blogue. Nous espérons que notre réflexion à propos du Web Sémantique saura apporter à plusieurs d’entre vous des éléments permettant de mieux comprendre les tenants et aboutissants du phénomène.

Georges Vignaux et Pierre Fraser